Profil de risque de l’Iran – Partie 5 – Stratégies et mesures de gestion des risques

Profil de risque de l'Iran – Partie 5 – Stratégies et mesures de gestion des risques
La guerre au Moyen-Orient met en lumière le profil de risque des trois principaux acteurs présents dans la région : l’Iran, la Chine et les États-Unis avec leur flotte militaire. Dans ce cinquième et dernier volet d’une mini-série, je présente les aspects du profil de risque de l’Iran – stratégies et mesures de gestion des risques.Dans cette contribution j’exprime mon opinion personnelle et non celle d’une quelconque organisation.

Auteur : Manu Steens

A. Stratégies et cadres généraux de gestion des risques

La principale stratégie iranienne de gestion des risques est l’« économie de résistance ». Officiellement élaborée par le Guide suprême Khamenei, elle est intégrée aux plans quinquennaux successifs depuis 2012. L’objectif est que l’Iran atteigne une autosuffisance maximale dans des secteurs clés tels que l’énergie, l’alimentation, l’industrie pharmaceutique et la défense. Ce faisant, le pays vise à réduire sa vulnérabilité aux sanctions étrangères. Selon Critical Threats, le régime iranien considère les réseaux noués avec la Russie et la Chine pour contourner les sanctions comme essentiels au maintien de l’économie. Les médias d’État iraniens ont même évoqué l’existence d’une alliance économique.

Pour assurer sa sécurité, l’Iran utilise une stratégie de défense en mosaïque. Cela signifie que ses moyens militaires et de sécurité sont délibérément dispersés. Les stocks de missiles, les centres de commandement et les unités des Gardiens de la révolution ne sont pas concentrés en un seul lieu, mais répartis sur plusieurs sites. De ce fait, une attaque unique ne peut pas neutraliser immédiatement l’ensemble du réseau de défense. Il devient ainsi plus difficile pour les adversaires de trouver une cible unique et clairement identifiable qui puisse déterminer la fin du conflit.

B. Équivalents d’assurance et réserves financières

1. L’EMPIRE ÉCONOMIQUE DES CGRI COMME TAMPON FINANCIER

Selon les estimations, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) contrôle une partie importante de l’économie iranienne : environ un tiers à deux tiers du PIB, par le biais d’entreprises et d’organisations opérant dans les secteurs de l’énergie, de la construction, des télécommunications, des transports, des ports et du financement sur le marché noir. Ce contrôle constitue une forme de sécurité intérieure pour le régime. Le CISES indique que, du fait des sanctions qui empêchent de nombreuses entreprises iraniennes de faire du commerce et de se financer et investir légalement, le CGRI renforce son emprise sur le marché noir. D’après le CFR, le CGRI utilise cette position, entre autres, pour faire de la contrebande de pétrole, notamment vers la Chine, et ainsi alimenter le financement de la Force Qods et de ses alliés.

2. LES RÉSEAUX D’ÉVITEMENT DES SANCTIONS COMME ASSURANCE FINANCIÈRE

De plus, l’Iran a mis en place un vaste système pour contourner les sanctions. En mai 2026, le FinCEN a décrit un réseau parallèle de sociétés écrans présumées d’une valeur de 5 milliards de dollars. En 2025, l’OFAC a sanctionné plus de 875 personnes, navires et aéronefs afin de démanteler ces réseaux. Néanmoins, l’ampleur de ce système démontre que l’Iran a délibérément développé de multiples circuits financiers comme mesure de gestion des risques. Les médias d’État iraniens ont présenté le recours à ces flottes parallèles par l’Iran, la Russie et la Chine comme une forme de police d’assurance.

C. Mesures de diversification

1. DIVERSIFICATION DES ROUTES COMMERCIALES

L’Iran a délibérément diversifié ses routes commerciales. Souhaitant réduire sa dépendance aux voies maritimes susceptibles d’être bloquées par la marine américaine, le pays privilégie les routes commerciales terrestres via l’Irak, le Pakistan, la Turquie et l’Asie centrale. En 2025, une liaison ferroviaire directe avec la Chine a également été mise en service. Parallèlement, les exportations hors pétrole ont dépassé les 50 milliards de dollars. Leur part dans le commerce total est passée de 27 % en 2011 à 78 % en 2020, témoignant d’une forte diversification des revenus, désormais moins dépendants du pétrole. Cependant, la coopération avec le Venezuela a été perturbée par la capture du président Maduro par les États-Unis en janvier 2026.

2. AUTONOMIE ÉNERGÉTIQUE

L’Iran s’est également efforcé de renforcer sa sécurité énergétique nationale. La production d’essence est passée d’environ 54 millions de litres par jour en 2011 à environ 120 millions de litres par jour début 2025. De ce fait, l’Iran est moins dépendant des importations de produits raffinés. Le pays a également accru sa production nationale dans les secteurs pharmaceutique, sidérurgique et agricole. L’objectif est de réduire la dépendance aux importations dans des secteurs essentiels à la stabilité sociale .

3. DIVERSIFICATION DES ALLIANCES — L’AXE DE LA CRINCE

L’Iran étend également ses partenariats stratégiques le long de l’ axe CRINK: Chine, Russie, Iran et Corée du Nord. La Chine fournit des revenus pétroliers et des transferts de technologie. La Russie fournit du matériel militaire, comme des chasseurs Su-35, successeurs des systèmes de défense aérienne S-300/S-4et des systèmes de défense aérienne portables Verba, ainsi que des renseignements satellitaires. La Corée du Nord fournit de la technologie de missiles balistiques en échange du soutien iranien. La classification du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste par l’UE le 29 janvier 2026 a accéléré ce glissement vers des relations plus éloignées de l’Occident.

D. Fonds d’urgence et réserves

1. CONTINUITÉ DES REVENUS PÉTROLIERS VIA LA FLOTTE DE L’OMBRE

La principale réserve d’urgence de l’Iran réside dans le flux continu de revenus pétroliers transitant par des flottes parallèles et des circuits d’exportation clandestins. La Chine a achèté environ 90 % des exportations de pétrole iranien, soit en moyenne 1,38 million de barils par jour en 2025. Ce flux génère des milliards de dollars par an, notamment pour le budget des Gardiens de la révolution. Concrètement, il fonctionne comme un fonds d’urgence : les liquidités servent à financer l’appareil sécuritaire. Sans ces revenus, la stabilité du régime serait rapidement menacée. L’Iran et la Russie ont développé conjointement l’ infrastructure des flottes parallèles , que les médias d’État iraniens qualifient d’assurance stratégique.

2. SYSTÈME DE FONDS EXONÉRÉS D’IMPÔTS (BONYAD)

L’Iran dispose également d’une économie parallèle via les Bonyads : de vastes fondations quasi-gouvernementales qui contrôlent entre 20 et 40 % du PIB. Fonctionnant en dehors du budget de l’État, elles sont moins exposées aux sanctions internationales. De grandes Bonyads comme Bonyad Mostazafin et Setad gèrent des actifs immobiliers, industriels et financiers d’une valeur de plusieurs centaines de milliards de dollars. Pour le régime, elles constituent des réserves d’urgence mobilisables indépendamment du budget officiel.

E. Mesures de sécurité

1. LES GARDIENS DE LA RÉVOLUTION ISLAMIQUE ET LA SÉCURITÉ INTÉRIEURE À PLUSIEURS NIVEAUX

L’Iran utilise plusieurs niveaux de sécurité qui se chevauchent : le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), la milice Bassidj, les forces de l’ordre et le ministère du Renseignement et de la Sécurité. La milice Bassidj compte entre 90 000 et 150 000 membres actifs et 300 000 réservistes. Le système est structuré de manière à ce que les autres composantes puissent continuer à fonctionner si l’une d’entre elles s’affaiblit. Lors des manifestations de 2025-2026, le CGRI a décrété l’état d’urgence (niveau jaune) début janvier 2026. Ahmad Vahidi a été nommé commandant adjoint du CGRI le 31 décembre 2025. Après les grèves de juin 2025, environ 21 000 personnes ont été arrêtées.

2. INTERNET ET CONTRÔLE DE L’INFORMATION

L’Iran utilise le contrôle d’Internet comme outil de sécurité. Lors des manifestations de 2025-2026, la quasi-totalité d’Internet a été coupée afin de limiter la coordination des protestations et la diffusion d’informations. Le Réseau national d’information, l’intranet iranien, garantit la continuité des communications gouvernementales et militaires essentielles pendant ces coupures. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) surveille et perturbe les activités numériques de l’opposition par le biais de son Cyber Command. L’Union européenne et les États-Unis ont imposé des sanctions aux entreprises technologiques qui permettent la surveillance et les coupures d’Internet.

3. LA RÉPARATION DES MISSILES COMME MOYEN DE DISSUASION

Après les graves dommages subis par son infrastructure de missiles lors de la guerre des Douze Jours de juin 2025 et de l’opération Epic Fury en mars 2026, l’Iran a fait de la remise en état rapide de son arsenal une priorité. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a opté pour une stratégie de dissuasion par le volume : reconstruire rapidement un grand nombre de missiles balistiques afin de saturer les défenses anti missiles israéliennes et américaines en cas de futur conflit. De nouveaux mélangeurs de propergol solide lui ont été délivrés des partenaires extérieurs, notamment de Russie et de Chine, malgré les tentatives occidentales de bloquer ces approvisionnements. Ce domaine est devenu un investissement sécuritaire majeur en 2026.

F. Plans d’urgence

Le principal plan d’urgence de l’Iran repose sur la survie du régime grâce au maintien de la loyauté des Gardiens de la révolution. Iran International considère cette loyauté comme le facteur décisif de la continuité du régime. La nomination de commandants radicaux des Gardiens de la révolution fin 2025 et début 2026 démontre que le régime privilégiait la force de coercition aux réformes économiques. Le plan du « Quatrième Successeur », évoqué dans l’analyse CISES d’Ibrahim S. (2026), révèle une préparation à un conflit prolongé avec les États-Unis et Israël, incluant des protocoles de succession en cas d’élimination des dirigeants. La stratégie de Mosaic defence est une architecture d’urgence : les ressources militaires sont dispersées afin que l’Iran puisse mieux survivre à des campagnes aériennes concentrées comme celle de 2025.

Manu Steens

Manu travaille au sein du Gouvernement federale dans la gestion des risques et la gestion de la continuité des activités. Sur ce site Web, il partage ses propres opinions sur ces domaines et sur des domaines connexes.

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