| La guerre au Moyen-Orient met en lumière le profil de risque des trois principaux acteurs présents dans la région : l’Iran, la Chine et les États-Unis avec leur flotte militaire. Dans ce quatrième volet d’une mini-série, je présente les principaux aspects du profil de risque de l’Iran – évaluation de l’exposition au risque. | Dans cette contribution j’exprime mon opinion personnelle et non celle d’une quelconque organisation. |
Auteur : Manu Steens
Contenu
A. Exposition spécifique aux risques liés aux activités, opérations et investissements iraniens
1. EXPOSITION AUX RISQUES MILITAIRES ET NUCLÉAIRES
Les principaux risques directs pour l’Iran en 2025-2026 découlent de ses propres activités. La guerre de douze jours de juin 2025, durant laquelle Israël et les États-Unis ont mené des attaques contre les infrastructures nucléaires iraniennes, les capacités de production de missiles, les défenses aériennes et les centres de commandement des Gardiens de la révolution, était directement liée au programme nucléaire iranien et à son soutien au Hamas, au Hezbollah et aux Houthis. Selon le Service de recherche du Congrès , ces événements ont considérablement réduit les avantages et l’influence que Téhéran avait accumulés au fil des ans. L’opération Epic Fury , qui a suivi en mars 2026, s’est ensuite concentrée davantage sur la production de fusées, les fournitures et les capacités de lancement.
Selon l’ Institut pour Science La guerre de juin 2025 a gravement endommagé les infrastructures liées aux armes nucléaires et les capacités de production de ces armes. Parallèlement, une grande incertitude persistait après le conflit quant à l’état du programme nucléaire iranien, tandis que l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) n’exerçait quasiment plus aucun contrôle. L’Iran tente désormais de rétablir sa capacité balistique par une stratégie de dissuasion par le volume : reconstituer d’importants stocks de missiles balistiques afin de submerger les défenses israéliennes et américaines. Cette stratégie engendre également de nouveaux risques, car elle peut provoquer de nouvelles attaques préventives.
Le rapport d’évaluation du DNI ATA de 2026 indique que l’Iran a démontré sa capacité à préparer des opérations meurtrières contre des Américains, tant sur son territoire qu’à l’étranger. Si le régime se maintient au pouvoir et parvient à se redresser, il est probable, selon cette évaluation, qu’il reprenne de telles initiatives. L’analyse précise également que Téhéran cherchera très certainement à venger la mort du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, et qu’il nourrit toujours l’intention, à long terme, de venger la mort de l’ancien commandant des forces du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI-QF), Qassem Soleimani, en ciblant des responsables américains actuels et anciens. De tels projets de représailles augment6
ent également les risques pour l’Iran lui-même, car ils garantissent que le pays demeure une cible.
2. EXPOSITION AUX RISQUES ÉCONOMIQUES LIÉS AUX SANCTIONS ET AUX CONFLITS
L’Iran est également confronté à des risques économiques très importants. L’ Institut Alma a indiqué en février 2026 que l’économie subissait de fortes pressions en raison d’une inflation de 60 % et d’un taux de change du rial d’environ 1 000 000 pour un dollar. Le PIB s’est contracté de 2,7 % en 2025/26. Au cours de la dernière décennie, l’Iran a perdu entre 300 et 450 milliards de dollars de recettes pétrolières. Le rétablissement des sanctions de l’ONU en septembre 2025 a encore aggravé les restrictions. L’opération Epic Fury a causé de nouveaux dégâts matériels aux infrastructures pétrolières en mars 2026.
Un risque majeur réside dans la forte dépendance de l’Iran à l’égard de la Chine pour son approvisionnement en pétrole. La Chine achète environ 90 % des exportations totales de pétrole iranien, qui ont culminé à 1,38 million de barils par jour en 2025. Ceci génère des milliards de dollars de recettes annuelles venant de la Chine, y compris pour les Gardiens de la révolution, malgré les sanctions américaines et onusiennes. Cette dépendance vis-à-vis d’un acheteur unique fragilise l’Iran. Si la Chine réduisait ses achats de pétrole iranien sous la pression américaine, l’Iran pourrait rapidement se retrouver en difficulté financière. Modern Diplomacy a averti qu’une telle baisse des achats pourrait entraîner l’effondrement de la capacité d’exportation iranienne et déclencher une spirale monétaire.
3. EXPOSITION À L’INSTABILITÉ DOMESTIQUE
Les risques intérieurs pour l’Iran ont fortement augmenté en 2025-2026. Iran International écrivait en janvier 2026 qu’un épuisement économique prolongé et une perte de confiance généralisée envers l’État iranien pourraient faire de 2026 l’année la plus difficile jamais connue par la République islamique. Cette perte de confiance était également due aux revers militaires et de politique étrangère de 2025. Fin 2025, les manifestations s’étaient étendues aux 31 provinces. Elles étaient alimentées par l’effondrement économique, la dévaluation de la monnaie et la désillusion de l’après-guerre. L’État a réagi par une coupure quasi totale d’internet et a tué plusieurs centaines de manifestants.
La pression internationale accrut également. Le 29 janvier 2026, l’UE a désigné le CGRI comme organisation terroriste. Cette décision a entraîné un préjudice juridique et de réputation considérable pour l’Iran et a renforcé son isolement diplomatique. Le Real Instituto Elcano a soutenu que la stabilité de l’Iran ne repose pas principalement sur le consentement, mais sur le contrôle, la fragmentation et l’ajustement. Le système perdure parce que les plaintes sont gérées, non parce qu’elles sont résolues. Le principal risque demeure la loyauté de l’appareil sécuritaire : si celui-ci cède sous la pression économique, tout le dispositif de gestion des risques du régime pourrait s’effondrer.
4. EXPOSITION AUX RISQUES D’UNE EXPLOSION NUCLÉAIRE ET D’UNE ESCALADE RÉGIONALE
Le Service de recherche du Congrès note que les revers stratégiques de 2024 semblent avoir modifié le débat en Iran concernant un éventuel développement nucléaire. Ceci accroît le risque que l’Iran tente d’accélérer sa progression vers une percée nucléaire. Le rapport du Special Eurasia sur les risques géopolitiques au Moyen-Orient pour 2026 identifie la position de l’Iran sur la question nucléaire comme l’un des principaux risques pour 2026.
D’après ce rapport, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a réagi aux attaques contre ses installations en plaçant la production de missiles au cœur de sa stratégie de dissuasion. L’objectif est de saturer les systèmes de défense anti missile israéliens et américains en cas de conflit futur, grâce à un nombre important de missiles. Cependant, plus l’Iran reconstitue rapidement cette capacité, plus la marge de manœuvre diplomatique pour atténuer les risques se réduit. De ce fait, le risque d’escalade régionale s’accroît.
B. Types et étendue des risques dans l’environnement iranien
L’environnement de risques auquel est confronté l’Iran est exceptionnellement grave en raison de la convergence de diverses pressions. L’Iran subit des pressions militaires extérieures, un blocus économique, des troubles intérieurs et un système de dissuasion affaibli. Chacun de ces risques est sérieux en soi, mais leur combinaison rend la situation beaucoup plus dangereuse et difficile à gérer.
L’Institut Toda pour la Paix décrit l’Iran comme faisant partie de l’axe CRINK (Chine, Russie, Iran et Corée du Nord). Cette coopération offre à l’Iran une protection partielle grâce au soutien d’autres États également opposés à l’Occident. Parallèlement, elle accroît son exposition aux risques car elle l’engage plus fortement dans une confrontation plus large avec l’Occident. Ainsi, ce soutien atténue certains risques, mais en augmente d’autres.
